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Séminaire requeer : Mouvements de résistance et d’émancipations

Par l’association Requeer en partenariat ESA Réunion et La Box.
Création visuel : Emma Di Orio
 
LE PROGRAMME
 
Jeudi 17/12/20 à l’ESA Réunion :
8h30 à 12h : Atelier Drag par Sheinara Tanjabi (complet)
14h à 17h : Atelier Voguing par Luna Ninja (complet)
À partir de 18h30 : Visioconférence de Françoise Vergès, « Décoloniser les luttes »(Entrée libre, avec masque) sur place et lien zoom (https://us02web.zoom.us/j/4611721459).
 
Samedi 19/12/20 à La Box, 60 rue Auguste Lacaussade 97430, Le Tampon, La Réunion. Parking salle des fêtes du 12ème.
(Sur inscription à contact.requeer@gmail.com)
15h30 : Table ronde « Le retour LGBTQI+ », avec Brandon Gercara, Mathilde Lebon, Raya Martigny et Sheinara Tanjabi
19h : Show Lip sync par Sheinara Tanjabi
Les mesures sanitaires sont de vigueurs
 
DESCRIPTIF/
ATELIERS PRATIQUES : Penser le drag et le voguing comme des pratiques de résistances. (À destination des étudiants de l’ESA)
Intervenant.e.s : Sheinara Tanjabi (drag), Luna Ninja (Voguing)
 
Le drag fait référence à la performance des genres. Le pratique viendrait de l’époque où les femmes ne pouvaient pas encore se produire sur scène au théâtre. De l’acronyme DRAG DRess As Girl, ce sont des hommes qui incarnaient des rôles féminin. Aujourd’hui le drag est devenue une pratique à part entière et prend diverses formes.
Le vogue, est un style de danse qui a vu le jour grâce à la communauté trans afro-latino, et a été repris plus largement par la communauté LGBTQIA+ racisée. Il s’agit d’une danse de l’émancipation des personnes queer POC (People of Color), qui repend les poses-mannequin du magazine Vogue, qui à l’époque présentait des corps exclusivement blancs.
En s’emparant de la pratique du drag et du voguing, les étudiant.e.s expriment par le corps les normes de genres socialement construites. Il s’agit véritablement d’explorer, d’incarner, défier, théâtraliser, déjouer les performances de genre en les exacerbant.
 
« DÉCOLONISER LES LUTTES »,visioconférence de Françoise Vergès, à l’ESA Réunion
«Il n’est plus l’heure de prouver l’intelligence et l’efficacité des alliances entre les luttes, il est l’heure de faire émerger de nouvelles dynamiques de pensée.
Il ne s’agit pas de formuler un nous constant, mais d’aller vers des pensées conscientisées, des pensées qui ne lissent pas toutes les complexités qui composent nos sociétés. Il s’agit de parler de ces corps qui n’ont pas tous les mêmes privilèges, mais qui ont pu cibler leurs oppresseurs. Luttes féministes, décoloniales, écologiques, queer, anticapitalistes … tant de luttes qui peuvent converger afin qu’elles puissent se transformer en une grille de lecture, un état d’esprit à adopter pour tenter d’en finir avec les dynamiques de domination et repenser la diversité des corps, des possibilités.
Des alliances nécessaires lorsque des corps subissent simultanément plusieurs formes d’oppression, ces corps qui vivent l’intersectionnalité, ces corps hiérarchisés par la colonialité, le capitalisme ; ces corps dominés par le patriarcat, l’hétérosexualité, le cisgenrisme, le validisme …
Les luttes LGBTQI+ ont quelquefois pu être éclairées par un féminisme qui dénonce le sexisme, la misogynie. Pourtant, il reste des incompréhensions lorsque des féministes excluent par exemple les femmes transgenres de leurs luttes. Comme Marguerite Stern qui a formulé à plusieurs reprises des propos transphobes au sein de son combat « féministe ».
Alors que nos sociétés commencent à mettre en lumière l’oppression structurelle de l’homme dominant, elles empêchent encore l’existence de la diversité d’identité de genres, romantiques et sexuelles.
Et lorsqu’une convergence des combats féministes et LGBTQI+ prend forme, que vaut-elle lorsqu’elle est dominée par une perspective blanche ? Doit-on se réjouir de la visibilité de ces luttes quand elles occultent sa dimension raciale ?
Pour répondre à ces mansque, depuis quelques années dans plusieurs territoires, d’autres mouvements s’émancipent. Ils intègrent l’anti-racisme aux luttes féministes et/ou queer : le black féminism, le queer POC et d’autres.
Comment La Réunion se positionne-t-elle dans ces mouvements ? Bien que l’île se compose d’une majorité de populations racisées, ces luttes ne semblent pas fair l’unanimité. À quoi cela est-il dû ? Dans quelle mesure les réunionnais.es ont-iels conscience des mécanismes de domination induites par le système colonial/post-colonial ?Comment se fait-il qu’il y ait aussi peu d’éveil autour du système coloniale sur l’île ? Comment se structurent les espaces de luttes pour exclure les questions raciales ?
Requeer et l’ESA Réunion invitent Françoise Vergès afin de nous livrer son analyse.»*
 
TABLE RONDE : « Le retour LGBTQI+ », avec Brandon Gercara Mathilde Lebon, Raya Martigny et Sheinara Tanjabi, à la Box.
« La Réunion, île dont l’histoire s’efface au profit d’un récit colonial. Terre où l’on prône un discours du « vivre ensemble » pour sans doute effacer les expériences de celleux qui au quotidien vivent des situations de discriminations. Est-ce une réthorique touristique ?
Nous accueillons chez nous des individus qui refusent la diversité des genres et des sexualités. Et puis une grande majorité – celleux qui se nomment les « expatrié.e.s », ceux qui au bout de quelques jours à expérimenter notre terre, sèment le trouble dans nos émancipations, lissent les problématiques décoloniales et intersectionnelles, monopolisent et capitalisent nos questionnements.
Comment ne pas entendre nos paroles, nos expériences quand la majorité invisible crie ?
Aujourd’hui, j’invite mes sœurs, frères, adelphes qui à cause de leurs identités de genres et/ou sexuelles ont dû quitter leur maison – une contrainte qui n’est jamais posée chez les privilégié.e.s.
Nous sommes réuni·e.s par nos conditions similaires. Nous cherchons à fédérer un «nous». Ce nous existe déjà. Il est là prêt à fleurir, à militer pour la diversité. Il s’agit du nous KWIR, les queer créoles qui semblent être divisé.e.s par les discours assimilationnistes.
Une grande partie des personnes LGBTQIA+ réunionnaises font partie de la diaspora. Iels ont sauté la mer pour pouvoir s’émanciper encouragé.e.s par une politique de mobilité qui ne nous laisse pas sauvent d’autre choix que d’imaginer un avenir ailleurs, en France mais surtout pas chez nous. S’ajoute à cela, tout un contexte socio-économique et géographique qui ne favorise pas l’émancipation de la diversité des identités de genres, romantiques et sexuelles. Alors, quelle place pour les personnes LGBTQIA+ réunionnaises sur leur territoire. Comment envisager le retour des personnes LGBTQI+ à La Réunion et sortir du schéma « partir pour s’épanouir » ? »*
*Brandon Gercara
 
 
FRANÇOISE VERGÈS,
est une politologue féministe antiraciste réunionnaise. Elle a été membre du FJAR, du MLF, a travaillé pour l’UGTRF, a milité avec des collectifs antiracistes. Elle a vécu en Algérie, en France, au Mexique, aux Etats-Unis où elle a obtenu son doctorat en Théorie politique à l’université de Berkeley (1995) et en Angleterre. Elle travaille avec des artistes, est commissaire d’exposition, de visites décolonisées de musée; et d’ateliers de création collective. Dernier ouvrage: Une théorie féministe de la violence. Pour une politique antiraciste de la protection, 2020.
BRANDON GERCARA,
est artiste chercheur.e queer, homosexuel.le, non-binaire zoréole. Son travail de recherche plastique se concentre sur une étude critique de l’ensemble des dynamiques de dominations dans un contexte post-colonial. Il s’agit plus précisément de participer à l’émancipation de la diversité sexuelle et de la pluralité des genres de personnes vivant à La Réunion.
LUNA NINJA.
Originaire de la ville du Port de La Réunion, Johan Piemont, plus connu sous le nom de son alter ego Luna Ninja, a rejoint la ballroom scene en 2016 en découvrant la scène voguing parisienne. Il se fait repérer en 2016 par la pionnière de ballroom scene Européenne LASSEINDRA NINJA à Paris. Le voguing, cette célébration de sois à travers la danse, lui a permis de gagner en confiance et avoir une vision de lui beaucoup plus “uplifting”. Des notions que Luna Ninja transmettra durant ces cours en plus de la culture et des codes de la ballroom scène et du Vogue Fem.
Professeur de danse, danseur, chorégraphe et représentant de la ballroom scène à Toulouse et dans le sud de la France, Luna Ninja a pour but d’emmener cette culture riche en couleur venant des quartiers de New York jusqu’en Europe au coeur de la ville rose et partout ailleurs, à La Réunion, en France.
 
SHEINARA TANJABI,
Ghazali Valy est un homme queer originaire du sud de l’île, vit à Paris. Né d’une mère Yab et d’un père Zarab.
Il pratique le drag et milite pour l’émancipation des LGBTQI+
Son personnage Sheinara Tanjabi aussi connu sous le nom de Shei Tan (le diable en arabe) est lié de très près à ses origines et son histoire : c’est un Djinn “démon dans la littérature arabe” qui est née au cœur du Piton de la fournaise et qui prend la forme d’être humain afin de séduire ses proies et parvenir à ses fins.
MATHILDE LEBON,
est réunionnaise, originaire de Saint-Benoît et vit à Paris, elle est en master 2 à Sciences Po Paris en politiques publiques urbaines, et militante féministe décoloniale queer. La construction et l’évolution de son positionnement militant s’est fait grâce à ses années d’activisme, ses études, ses voyages. En 2019, elle retourne pour un an à La Réunion. C’est pendant cette année qu’elle s’engage plus concrètement sur les questions décoloniales et s’interroge sur la place de son identité réunionnaise dans le mouvement féministe. Elle milite pour une déconstruction des mécanismes de domination et l’émergence d’une Réunion queer, un espace de possibilités et de contestations.
RAYA MARTIGNY,
est réunionnaise et vit à Paris. Elle est mannequin et engagée pour la visibilisation des personnes trans. Elle est actrice, entres autres le court-métrage de « De la terreur, mes sœurs ! » d’Alexis Langlois
 

(ANNULÉ ET REPORTÉ) requeer : mouvements de résistances & d’émancipations

Cycle d'événements queer 
6-10 octobre 2020
Kabaret Sat Maron/CDNOI(St-Denis/Réunion)

La semaine requeer

En s’installant du 6 au 10 octobre au CDNOI, requeer : Mouvements de résistances & d’émancipations propose des espaces/temps aux pensées queer, féministes et décoloniales : un carrefour où se rencontrent de multiples propositions afin de permettre l’émergence de nouvelles dynamiques de pensées.

Durant cette semaine d’activation il s’agirait de conscientiser un public autour des nouvelles problématiques queer sud. Fabriquer de nouvelles archives faisant état des lieux de la pluralité des pensées actuelles au sujet du queer & féminisme décolonial. Créer des connections entre plusieurs disciplines : art, sociologie, cinéma… Donner de la visibilité sur les problématiques liées aux discriminations contre les LGBTQI++.

Durant 5 jours, requeer propose une programmation d’évènements et active simultanément différents dispositifs : Rent dann ron ! (table ronde), les manj debout (tables hautes), les Lip Sync de la pensée, l’exposition « Créoqueeriser la création artistique», de la médiation, une scène performative ouverte Body Politic, un workshop « Queer yourself », la projection du film « 120 battements par minute » de Romain Campillo.

Un temps pour former un ‘’nous’’ puisque le queer est avant tout la réunion de corps refusant toutes normes excluantes. Une opportunité pour être ensemble et créer cet amour, entre nous, puisque le monde ne veut nous donner l’amour que nous méritons.

requeer participe aux rencontres professionnelles des Électropicales 2020 (9-11 octobre), et continue en nocturne sur le dance-floor. L’occasion pour nous de considérer la fête comme espace de contre- pouvoir où l’on se joue de l’orde du quotidien. Un temps de collectivité où les normes sont subverties tout en créant de nouvelles interactions. Véritable safe-space favorisant la visibilité des corps à l’intersection de multiples oppressions. Et si la danse était envisagée comme une pratique de résistance ? Comme une entrée pour s’extraire de la performance du genre ?

requeer accueille également la Journée de sensibilisation aux problématiques d’identité sexuelle et de genre, et aux discriminations contre les personnes LGBTQI++ du CRCSUR (Centre de Ressources Cohésion Sociale et Urbaine à La Réunion).

Découvrir les dispositifs

Le contexte

Si les générations LGBTQQIP2SAA+¹ précédentes ont été frappées de plein fouet par l’épidémie du sida, provoquant un autre rapport au corps, un autre rapport social, à la vie et à la sexualité, une jeune génération accueille et développe aujourd’hui, dans le monde « des “futurités utopiques“ que les relationnalités queer travaillent à faire advenir par l’art et les sociabilités alternatives et communautaires.» 2

En parallèle de la loi autorisant le mariage de personnes du même sexe, et toutes les avancées sur la transidentité, des paroles et des actes haineux se sont sentis autorisés à réapparaître dans la sphère publique. Un certain recul des libertés individuelles semble sévir dans la zone indianocéanique, où les replis communautaires mettent en péril les avancées certaines, politiques et légales, de la fin du XXe siècle.

Si La Réunion peut se vanter de son vivre-ensemble, elle fait face à une situation bien particulière concernant la diversité sexuelle et/ou des identités de genres. Au lendemain des multiples oppressions qu’a connues son île sœur – causant l’annulation de sa marche des fiertés – et face à l’existence d’une haine latente anti-LGBTQI++ à La Réunion, nous pensons qu’il est nécessaire de proposer de nouvelles formes de luttes.

À La Réunion, la quasi-inexistence d’une véritable communauté LGBTQI++ commence à devenir criante, et enferme encore trop d’individus dans une souffrante solitude, alors que des associations réfléchissent et travaillent, entre autre, à mettre en œuvre – enfin – un nouvel évènement des Fiertés.

L’île connaît des « spécificités » singulières aliénant la construction des identités : le contexte géographique, climatique, socio-économique, postcolonial, culturel et cultuel, empêche de calquer la pensée occidentale à ce territoire insulaire. Ainsi la mixité impose un nouveau mode de penser et ce, même si la mentalité reste fidèle aux principes des sociétés conservatrices.

Il nous semble essentiel et vital, aujourd’hui, de repenser ensemble des demains communs, de redéfinir une société plus égalitaire et inclusive; et de présenter le travail d’artistes, de chercheur.e.s, d’activistes & d’archivistes dont la pratique est fortement influencée par leur identité, leur genre et/ou sexualité.

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